Un gotán pour Lautrec de Julio Cortázar

Lecture dessinée avec Solange Bazely, voix et Nelly Baron, dessin – 1h

Création le mercredi 27 octobre à 15h au Musée Toulouse-Lautrec d’Albi dans le cadre du Festival Argentina d’Albi.

Quoi de mieux que la peinture de Toulouse-Lautrec en lien direct avec l’univers décrit par l’écrivain argentin Julio Cortázar ?

Une évidence qui m’est apparue en découvrant ce merveilleux texte qui fait la part belle à l’univers qu’affectionnait Toulouse-Lautrec sans l’avoir connu, celui du tango de Buenos Aires, à travers les paroles de tango évoquant ces temps de la prostitution.

Un gotán pour Lautrec est un texte de Julio Cortazar publié en 1980 (traduit en français par Françoise Rosset) qui mêle l’ambiance de la prostitution mis en peinture par Toulouse-Lautrec, notamment grâce à son modèle Mireille qui partit en Argentine et connut le tango. Une mêlée imprévisible mais si évidente entre le texte des paroles de tango et l’ambiance du peintre.
Cela rappelle aussi « Le chemin de Buenos Aires » d’Albert Londres, publié en 1927, qui évoque le milieu de la prostitution à Buenos Aires.

EXTRAITS DU TEXTE

Lautrec et nous : “ Il n’alla jamais en Argentine et pourquoi y serait-il allé ? […] Montmartre lui suffisait pour se sentir au centre du monde, qu’il soit dans un bordel de luxe ou au Moulin-Rouge vers où convergeaient les voyages nostalgiques, les danseuses, les poètes, les étoiles du cirque et les puissants de la terre. […] Il connut nos fils à papa, les fils des anciens ou des nouveaux riches du Rio de la Plata qui débarquaient en France pour parfaire leur éducation sentimentale et préparer ce retour qui allait leur donner un diplôme non écrit mais plus prestigieux que celui des universités. Il dut à peine les remarquer, car il était né avant la génération qui viendrait à Paris non seulement pour mener la grande vie mais aussi pour y triompher, en jetant l’argent par les fenêtres et en se sauvant la mise grâce à une arme imparable : le tango. […] Curieusement, superbement, le tango est un pont entre les deux, un pont par lequel passent des femmes, des poètes et des destins tragiques. Il y a deux façons d’aborder Lautrec : celle de l’amateur qui regarde ses toiles dans les musées et celle de type qui sifflote de vieux tangos sans penser du tout à lui. La première façon est celle des gens cultivés; nous aimerions, ici, aborder la seconde, moitié imaginaire et moitié vraie


Mireille part pour l’Argentine : “ Il y a au musée d’Albi une des plus belles toiles de Toulouse-Lautrec, Le salon de la rue des Moulins, peinte en 1884 dans le bordel où l’artiste faisait de longs séjours. On y voit, au premier plan, l’une des pensionnaires assise sur un sofa rouge et regardant au loin, le profil un peu perdu dans la distraction ou dans l’attente du prochain client, une jambe tendue et l’autre repliée. Les cheveux blond-roux, le cou puissant, la masse du corps devinée sous une robe qui semble plutôt être une chemise de nuit transparente, les bas d’un vert presque noir, tout en elle répond aux canons de l’époque. […] Cette femme s’appelait Mireille; elle fut l’une des bonnes amies de Toulouse-Lautrec. […] No more violets for Mr Lautrec.


Revers et fin de médaille : “Il y a quelques années, un ami qui travaillait au consulat d’Argentine à Paris me parla de tous nos compatriotes qui attendaient d’approcher de l’ultime échelon de la misère pour demander qu’on les rapatrie. […] Je pense que les marchands de viande durent aussi dire à Mireille qu’une blonde aux yeux bleus aurait du succès à Buenos Aires; la fin des deux histoires est qu’il reste d’elle sans doute quelques tangos et de lui cette anecdote. Mais je pense qu’en voilà assez. Si nous allions dormir, monsieur Lautrec ?

Nelly Baron est illustratrice et auteure de BD.
Diplômée en 2010 à l’ESMI (Ecole Supérieure des Métiers de l’Image) à Bordeaux, sa ville d’origine, elle travaille en tant qu’enseignante et artiste free-lance pour la communication et l’édition.
Ayant découvert le tango alors qu’elle n’était qu’adolescente, c’est tout naturellement qu’elle en a fait un sujet privilégié pour ses pratiques artistiques. Elle lui a même consacré un album de bande- dessinée ! La Vie est un Tango (sorti en 2019), dont le succès a été immédiat auprès du public de danseurs, dresse un portrait fidèle et espiègle du monde des milongas.
Entre peinture et croquis sur le vif, Nelly Baron n’a pas fini d’explorer le thème infini du tango, donc elle aime représenter la culture, la présence des corps en mouvement et la richesse des interactions sociales.